Les ailes de la com

Penser la communication de sa TPE- PME

Quand la communication envahit le collège…

…les EPI, comme la moutarde, me montent au nez !

Qu’est-ce donc qu’un EPI au collège ?

Parent d’élève, je ne pouvais que suivre la réforme du collège, ce que je fis, et au-delà de ce que j’en pense en tant que « génitrice d’apprenant », j’ai été désagréablement surprise par les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires, non pas sur le fond, ce blog n’ayant pas vocation à évoquer ces questions, mais sur la forme. Que font les enfants dans ces EPI ? Ils fabriquent des outils de communication afin de développer des compétences transversales et de donner du sens à leur savoir.

Évidemment, je suis un peu vexée. Est-ce à dire que les publicitaires et les spécialistes de la communication ne font jamais que bidouiller de la technologie numérique ou jouer avec des logiciels de graphisme ?

J’ai donc lu avec attention les messages des enseignants pour et contre, surtout contre, et je suis tombée sur « La pédagogie Nutella » rédigée par Jean-Christophe, sur le site de la Vie Moderne. Je laisse à l’auteur le soin du développement des argumentaires pédagogiques, je viens juste y ajouter le point de vue professionnel, puisque nous parlons ici de supports de communication. L’auteur prenait entre autres choses deux exemples que je commenterai donc :
« Dans une approche socio-constructiviste very fashionable, les élèves bâtissent ensemble leurs savoirs et savoir-faire en fabriquant un spot publicitaire. »

Et la communication dans tout ça ?

Il est vrai que certains réalisateurs sont autodidactes, mais la plupart du temps, ils ont intégré, après un bac scientifique, des BTS, des IUT, ou des écoles comme l’ENSMIS, plus connue sous le nom de FEMIS  ou l’ENSLL, Ecole Nationale Supérieure Louis Lumière (section cinéma) qui proposent une formation en 3 ans après une sélection plutôt rude pour intégrer les savoirs et développer les compétences nécessaires au métier de réalisateur. Aussi, suis-je surprise de découvrir que c’est le … professeur de sport qui supervise la réalisation du spot! Qui peut croire que le travail publicitaire de jeunes collégiens soit à la hauteur des exigences du métier ? Ou alors les professionnels du secteur doivent de toute urgence se remettre en question ! C’est un peu réduire le métier à l’outil et grandement minimiser les compétences et savoirs nécessaires pour réaliser une œuvre de qualité, même moyenne. C’est vexant pour la profession et quand même un peu fort que l’Éducation Nationale qui se pique de développer des compétences commence par saper celles des professionnels. Il ne viendrait à l’idée de personne de proposer un EPI SVT – Technologie sur une « opération à cœur ouvert » ou de construire l’hélicoptère de demain avec des collégiens de 12 ans.
Il devrait en être de même  pour la communication.
Le second exemple d’ailleurs nous montre à quel point rendre à « César ce qui est à César » n’est pas qu’une lubie.

La communication n’est pas une lubie.

Un professeur d’espagnol, proposait en partenariat avec le professeur d’histoire géographie, l’exercice suivant : dans le cadre d’un projet sur le développement durable, les élèves doivent rédiger « un tract en espagnol pour les producteurs kenyans de roses ». Je rappelle à ceux qui dormaient en cours d’histoire-géo que le Kenya est une ancienne colonie britannique. Les langues officielles y sont donc l’anglais et le swahili. Il y a alors peu de chance pour que les producteurs kenyans comprennent le tract rédigé en espagnol même par des élèves motivés. D’autre part, pourquoi un tract ?Les ouvriers agricoles ont bien d’autres problèmes à régler que celui du développement durable et ne sont de toute façon pas maîtres des techniques et méthodes de production qu’ils doivent appliquer pour des salaires très faibles et dans des conditions de travail souvent effroyables. Une opération de lobbying en faveur des acheteurs de roses et des décideurs aurait plus d’impact, non ? On n’imagine pas envoyer un tract à un décideur. A tout le moins, on se doit de réfléchir à son impact. En l’occurrence, rédiger un tract, même en anglais, n’a pas beaucoup de sens du point de vue de la communication. Évidemment, je ne fais pas semblant de croire que l’objet de l’exercice est le développement durable ou la réalisation d’un tract. Ce ne sont jamais que des prétextes pour écrire en espagnol et étudier le sort des producteurs de roses de la Rift Valley. Mais est-on bien sûr qu’un faux prétexte permette aux élèves d’avoir une meilleure compréhension des matières étudiées à l’école ? Et de mon point de vue, c’est aussi cruellement ramener la communication à une discipline sans contenu alors même qu’elle fait appel à de nombreux savoirs sociologiques, culturels, psychologiques, politiques, artistiques, anthropologiques et techniques. Réduire nos métiers à la seule utilisation d’un smart phone pour réaliser un spot publicitaire ou la création d’un tract, c’est réduire les compétences des professionnels à rien du tout. Or la communication n’avance pas sans but. C’est une stratégie qui se construit pour atteindre un objectif préalablement établi, c’est développer des argumentaires et des supports qui doivent convaincre. C’est travailler main dans la main avec un client et défendre les intérêts de ce dit client. Et cela s’apprend.

Les communicants, des professionnels sans compétences professionnelles ?

Que l’école souhaite ouvrir les yeux sur la réalité du métier, pourquoi pas. Mais il faut alors avoir en tête que les supports visuels et les supports écrits ne sont que des produits finis, patiemment élaborés après un long processus d’analyse de cibles, d’objectifs, de formes, de tons, de contextes… L’agence de communication ne travaille pas seule dans son coin, les créatifs n’inventent pas à partir de leurs envies, ils se confrontent à une réalité qui parfois met nos campagnes en échec par erreur d’appréciation. L’enjeu n’est pas de réaliser un joli tract, mais bien de créer un tract qui atteint sa cible. Or, dans ces exercices présentés en exemple de l’Enseignement Pratique Interdisciplinaire, les élèves ne sont confrontés ni aux réalités des pratiques ni aux exigences de nos métiers ni aux conséquences du support raté. Il y a en effet peu de chance pour que les tracts arrivent un jour sur les bords du lac de Naïvasha.

Je laisse aux professeurs le soin de dire ce que cela vaut pour les apprentissages scolaires. En ce qui concerne le côté pratique, ne restent que les stéréotypes qui déforment la perception de nos activités quotidiennes et nous transforment en professionnels sans qualité.

Le temps des premières moissons arrive à grand pas, espérons que ces EPI soient rapidement fauchés !

Author

Responsable de développement de projets pendant plus de dix ans, j'ai très vite compris que les petites structures devaient communiquer comme les grandes. Mais, comment se faire connaître et faire parler de soi avec des petits budgets? C'est avec créativité et rigueur que j'ai mené à bien mes actions de communication, avec succès. J'ai donc décidé d'en faire mon métier. Ainsi, depuis 2008, j'accompagne les entreprises et les associations, à travers le conseil, la formation et la rédaction.